MRF/composts
Récapitulatif de 2009 et perspectives pour 2010
Comme à chaque année, voici une revue de l'actualité principalement pour le contexte québécois. Elle est tirée des numéros réguliers du MRF Pot-Pourri en 2009 ainsi que des numéros spéciaux et des agendas. En fin de document, vous retrouvez également quelques humbles prévisions/perspectives de ce à quoi pourrait ressembler la prochaine année.
Bonne année 2010!
Marc Hébert, agr., M.Sc.
MDDEP- DSAP/ janvier 2010
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Récapitulatif de l’année 2009
Janvier - février
- Fin des opérations d'enfouissement dans plusieurs lieux d’enfouissement sanitaires (LES) du Québec en vertu du REIMR qui exige dorénavant un enfouissement en lieu d’enfouissement technique (LET);
- Arrêt des activités de compostage au site de Saint-Basile;
- La rareté des sites de compostage près de Montréal ralentit l’implantation du programme de compostage de la Ville;
- La Ville de Québec arrive au dernier rang des 27 régions urbaines au pays en matière de compostage;
- Publication d’un rapport sur les boues par un groupe d’experts de la Commissions législative de Virginie. Les conclusions sont semblables à d’autres évaluations globales (Commission législative du New-Hampshire, rapport 2002 du Conseil National de la Recherche, etc.), à savoir : les pratiques actuelles de gestion des biosolides sont acceptables, bien que certaines questions n’ont pas encore de réponse définitive et c’est pourquoi la recherche doit continuer;
- L’USEPA publie les résultats de la dernière campagne de caractérisation des boues municipales pour 145 paramètres, incluant les métaux, les HAP, les nutriments (N, P), les PBDE, les produits pharmaceutiques, les hormones et les stéroïdes en vue de déterminer si des mesures supplémentaires sont nécessaires;
- Boues contaminées en composés perfluorés en Alabama;
- Boues d’Ottawa et radioactivité d’origine médicale : ces boues ne posent aucun risque pour la sûreté, la santé et la sécurité du public, ni pour l'environnement, selon la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN);
- Moncton obtient la certification BNQ pour son compost de biosolides;
- Publication de la Stratégie pan-canadienne sur la gestion des effluents d’eaux usées municipales qui impliquera à terme une augmentation du volume de boues produites;
- Publication du MDDEP sur l’intérêt agro-environnemental du recyclage des cendres de bois;
- Nouveau Plan d'action québécois - La biomasse forestière : une source d'énergie propre et renouvelable, dont la mise en œuvre générera indirectement davantage de cendres valorisables.
Mars – avril
- Cornell Waste Management Institute actualise son “Case for Caution” sur l’épandage des boues municipales;
- Diffusion à Télé-Québec du documentaire : «La fabuleuse histoire des excréments » qui explique notamment que l'information sur les excréments humains, en tant que sujet tabou ou fétiche, selon les cultures, est interprétée par une zone spécifique du cerveau liée aux émotions;
- Publication d’une nouvelle norme du BNQ sur les biosolides issue d’un consensus d’intervenants canadiens;
- La Communauté métropolitaine révise son règlement de réduction de la contamination des eaux usées;
- Publication d’un nouveau formulaire de demande de CA d’épandage de MRF par le MDDEP;
- Mise à jour de l’édition anglaise du Guide MRF.
Mai – août
- Solutions Développement Durable (SDD) se porte acquéreur de l'ensemble des actifs de la Société Conporec;
- Enfouibec de Bécancour obtient des crédits carbones pour ses opérations de compostage;
- Gatineau obtient une certification BNQ pour ses biosolides granulés.
Septembre – octobre
- Conférence canadienne sur les biosolides à Niagara Falls (un résumé en français est disponible);
- Nouvelle réglementation ontarienne permettant l’épandage des biosolides sans CA et favorisant la co-méthanisation de résidus à la ferme;
- Publication d’un logiciel et d’une étude par le CCME démontrant que l’épandage des biosolides est carbo-neutre. Cela s’expliquerait en raison de la séquestration accrue de carbone dans les sols et par la réduction du recours aux engrais minéraux de synthèse. À l’inverse, l’incinération de résidus riches en azote produit généralement des quantités significatives d’oxydes nitreux (N 2O), sauf si on opère à haute température (cimenteries);
- Publication d’une étude écotoxicologique ontarienne démontrant l’innocuité des biosolides sur les vers de terre et d’autres organismes du sol;
- La Cour supérieure du Québec conclut que la Municipalité du canton d’Elgin peut interdire l’épandage des boues sur son territoire en vertu du principe de précaution. L’agriculteur ira par conséquent en appel (ce qui fait que le jugement de la Cour supérieure ne fait pas jurisprudence pour les autres villes);
- Journées portes ouvertes sur le procédé de granulation des biosolides (Laval) et l’utilisation des biosolides en production de saule énergétique;
- Congrès annuel de l’Association canadienne de réhabilitation des sites dégradés (ACRSD) à Québec;
- L’UPA Mauricie s’implique dans le compostage de feuilles mortes à la ferme.
Novembre – Décembre
- GSI obtient une certification BNQ pour son «Composol St-Henri - type B»;
- La récupération de la matière organique du secteur municipal est passée de 8 à 12% selon le Bilan de RECYC Québec pour l’année 2008;
- Publication du Projet de Politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles, visant à terme le bannissement de l’enfouissement de la matière organique au Québec et misant notamment sur l’épandage de cette matière organique (avec ou sans compostage/méthanisation);
- Annonce par le MDDEP d’un programme d’infrastructures pour favoriser la méthanisation et le compostage des résidus organiques;
- Subventions par les gouvernements du Québec et du Canada pour divers projets de fabrication de combustibles à partir de boues;
- Saint-Hyacinthe entreprend la construction d’unités de méthanisation et de séchage de ses biosolides;
- Publication d'un article sur l'utilisation de vieux papiers comme litière dans la revue Bovins du Québec.
En somme…
La filière des MRF et du compostage aura permis de dévier environ 2 M de tonnes de résidus des lieux d’enfouissement en 2009 (chiffres de 2007). Cela se traduirait par un évitement important des émissions de GES, notamment avec l’épandage des biosolides.
Les études sur les risques de l’épandage des biosolides municipaux se suivent et vont dans le même sens : ces risques sont faibles et relativement moindres que les pratiques agricoles courantes (épandage de fumiers, pesticides, etc.). L’Ontario a d’ailleurs légiféré pour simplifier l’épandage des boues sur son territoire. Cette province s’est aussi distinguée à plusieurs égards en 2009 quant à la gestion des biosolides. Il semble que les années difficiles de contestation de cette filière en Ontario soient passées.
Par contre, la contestation de l’épandage s’est déplacée vers l’est, notamment en Nouvelle-Écosse, malgré la publication de nouveaux critères très restrictifs. Au Québec, la Cour supérieure a pour sa part confirmé le droit de la municipalité d’Elgin (Montérégie) d’interdire l’épandage sur son territoire en vertu du principe de précaution. Mentionnons que la réglementation à Elgin faisait suite à la possibilité d’importation de boues de l’Ontario… Aux États-Unis, certaines organisations d’agriculture biologique ont pour leur part lancé une campagne contre l’épandage. Même madame Obama, qui cultive un potager bio sur le site de la Maison Blanche, antérieurement fertilisé avec des biosolides, a été visée par cette campagne.
L’année 2009 a cependant été dominée par les questions de bioénergie, ou comment faire de l’énergie avec de la matière organique. Plusieurs programmes gouvernementaux ont été mis de l’avant pour soutenir la méthanisation et le brûlage. Dans les deux cas, les procédés génèrent des MRF (digestats ou cendres). D’ailleurs, le résidu d’oxydation assistée au plasma (prototype de Salaberry-de-Valleyfield) serait utilisé à titre d’engrais phosphoré sur les sols agricoles du Québec. Cependant, dans tous les cas où le procédé de brûlage/oxydation implique des résidus riches en azote, tels que les boues municipales et de papetières, ou même les fumiers, les émissions d’oxydes nitreux, un puissant GES, sont rarement mesurées.
Il y a également eu un engouement marqué en 2009 pour l’épandage des cendres de bois, notamment en Gaspésie, et auprès de certains agriculteurs biologiques.
La fin de 2009 a été marquée par la publication du Projet de politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles, ainsi qu’un programme d’infrastructures pour aider les municipalités à valoriser leurs matières organiques. Une bouffée d’air frais dans un contexte où le compostage avait régressé au Québec au cours des dernières années.
Perspectives pour l’année 2010
Si la tendance se maintient … Voici quelques «futuribles» pour 2010 :
- Publication d’un addenda au Guide MRF;
- Publications sur la valorisation sylvicole des boues;
- Nouvelles grilles de fertilisation du CRAAQ, avec mise à jour des règles de l’art pour l’épandage des MRF et des fumiers;
- Adoption de la Politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles;
- Augmentation de la redevance à l’élimination;
- Construction d’usines de compostage et de méthanisation, notamment pour desservir les grandes villes;
- Développement de partenariats ville/campagne en gestion des matières résiduelles (feuilles mortes, boues municipales, co-compostage);
- D’autres municipalités pourraient réfléchir à limiter l’épandage des MRF en agriculture;
- Jugement de la Cour d’appel sur la compétence municipale pour interdire l’épandage des MRF;
- Émergence de l’alternative de valorisation sylvicole;
- Consultations du CCME sur le concept de valorisation des boues;
- Publication d’études sur les contaminants d’intérêt émergent;
- Des journées portes ouvertes, des colloques;
- Et beaucoup plus!